Le bio-intensif dans le monde

Intensivement-bio: le voyage France – Espagne

Comme je vous l’annonçais dans ma bio, me voici arrivé en France, pays de mon épouse, après 10 ans passés chez moi au Nicaragua, en Amérique Centrale. Et comme promis, j’ai fait un tour des projets bio-intensifs d’Europe. Enfin presque. En réalité, nous avons rencontré une personne en France et fait le tour des projets bio-intensifs d’Espagne car le contact en Italie n’a pas fonctionné. Nous avons donc un futur deuxième voyage devant nous. 😉

Pour l’heure, je vous emmène à la découverte des personnes qui nous ont reçus en France et en Espagne. De beaux projets qui donnent envie!

Et en bonus, je vous emmènerai à la découverte de la ferme permacole d’un ami en France. Parce qu’il n’y a pas de raison de se couper des bonnes choses sous prétexte qu’elles n’ont pas la même étiquette!

Allez, c’est parti, on y va!

départ pour l'Espagne
Le jour du grand départ vers l’Espagne, le soleil dans les yeux.

Miriam ou la pépinière de maraîchers bio

Notre voyage part de Lyon et a pour première étape bio-intensive Montpellier, où nous rencontrons Miriam Colin et son compagnon Anthony.

Miriam, qui est mexicaine, est ingénieure agronome. Elle travaille à Montpellier pour une pépinière… de projets! En fait, elle travaille dans une coopérative d’entrepreneurs comme consultante en évaluation environnementale de filières agricoles. La coopérative accompagne entre autres des personnes en reconversion professionnelle qui se sont tournées vers le maraîchage bio. Elle met à disposition 1 hectare de terre agricole, avec deux serres de 400m², par porteur de projet. Lorsque nous y passons, il y a 4 porteurs de projet, dont un “bio-intensif”. Mais ce n’est pas pour lui que nous voulons voir Miriam.

Si nous avons pris contact avec elle, c’est parce qu’elle est la première personne à avoir organisé une formation bio-intensive officielle sur le territoire français.

Miriam étant mexicaine, elle avait entendu parler de cette méthode chez elle il y a longtemps, par Juan Manuel Martinez Valdez, bras droit mexicain de John Jeavons dans la diffusion de la méthode.

Installée en France, elle part se former à la méthode à Vigo, en Espagne, auprès de Guillermo, dont nous parlerons plus tard. Très intéressée et motivée, elle organise une formation pour les Français à Montpellier, avec Juan Manuel, en 2018. Parallèlement, elle commence son jardin potager bio-intensif à 20mn en voiture de chez elle.

Lorsque nous la rencontrons un an plus tard, Miriam n’a plus de potager. C’est la première leçon de notre voyage: s’il faut prendre la voiture pour faire son potager tout seul dans son coin, la motivation est grandement susceptible de baisser. Nous en prenons bonne note.

Miriam nous fait rencontrer Frédéric, l’un des porteurs de projet installés dans sa coopérative. Il lui a mentionné un jour qu’il se lançait dans le maraîchage bio-intensif. Mais elle n’est pas sûre qu’il s’agisse de la même méthode car il utilise des machines, ce qui n’est pas le cas dans celle de John Jeavons.

Effectivement, Frédéric s’inspire en fait du bio-intensif remodelé par Jean-Martin Fortier à destination des maraîchers professionnels. Cette approche n’a finalement que peu de points communs avec celle de John Jeavons. C’est aussi intéressant pour nous de voir en quoi elle consiste.

Et nous apprenons au passage une seconde leçon: ne pas rester seul, chercher la coopération ou l’association. Gestion des cultures, communication, structuration d’une filière de vente (marchés, paniers, direct), gestion financière… Maraîcher est un métier aux compétences si nombreuses qu’il vaut mieux s’associer pour bien fonctionner.

Après cette visite très instructive, nous voilà repartis, direction l’Espagne cette fois.

Marian ou le potager collectif

Première étape bio-intensive espagnole: Soto del Real, tout près de Madrid, Espagne. Nous y rencontrons Marian Lorenzo, qui fait partie de l’association les Amis de la Terre. Cette association a pour but de promouvoir de bonnes pratiques environnementales partout dans le monde. Amigos de la Tierra, la branche espagnole dont fait partie Marian, soutient de nombreux projets en Amérique Latine et Centrale.

C’est ainsi que je les ai connus d’ailleurs. Parce qu’Amigos de la Tierra soutient des projets d’agroécologie dans les campagnes nicaraguayennes où je travaillais.

Marian, avec d’autres membres d’Amigos de la Tierra qui vivent autour de Soto del Real, a saisi l’occasion de l’ouverture par la mairie d’un lieu de potagers collectifs pour monter un petit groupe de découverte de la méthode bio-intensive.

Ainsi, au milieu d’un immense terrain mis à disposition par la mairie pour ceux qui veulent faire leur potager, Marian et son équipe de 10 ont mis en place 3 planches bio-intensives, bientôt 4 (ils peuvent en faire 5 maximum dans ce lieu collectif). Le nombre de planches augmente peu à peu, au fur et à mesure que les uns et les autres en apprennent d’avantage.

Marian s’est formée au niveau élémentaire de la méthode auprès de Pedro Almoguera, à Madrid (nous parlerons de lui un peu plus loin). Cela lui permet de former à son tour son équipe au compost, au double-bêchage, à l’association et rotation de cultures, à la proportion 60/30/10… bref, aux huit principes essentiels de la méthode (plus de détails ici). “L’élémentaire” du bio-intensif est en réalité très avancé! Le niveau intermédiaire aborde quant à lui l’harmonisation de notre régime alimentaire avec celui du potager afin d’atteindre une réelle autonomie alimentaire.

Marian enseigne comment faire le compost.

Notre troisième leçon espagnole est la suivante: le collectif apporte convivialité et sens à la pratique bio-intensive, en plus du côté pratique d’être à plusieurs pour faire le double-bêchage ou le compost. Un potager bio-intensif collectif permet non seulement aux personnes de partager le travail et de profiter des connaissances des uns et des autres, mais il donne également un sentiment d’appartenance et de réappropriation de sa vie. Comme lorsque l’on construit collectivement une maison, bâtir son potager à plusieurs permet de récupérer en douceur sa souveraineté alimentaire.

Bien sûr, le collectif a aussi ses limites. Par exemple, Marian nous disait qu’il était courant qu’on croie que telle personne s’était chargée de telle tâche alors qu’il n’en était rien. Mais les inconvénients ne prennent pas le dessus par rapport aux avantages.

Marian nous parle aussi du très beau projet d’Amigos de la Tierra qui doit permettre la diffusion de la méthode bio-intensive en Espagne. Je vous laisse l’écouter et découvrir son potager en images:

Première étape en Espagne

Oscar et Elena, ou l’AMAP améliorée

Décidément, les Espagnols sont forts en collectif. Nous avons vraiment des choses à apprendre d’eux en la matière! Après nous avoir fait découvrir ses beaux projets, Marian nous emmène chez Oscar Lobo et Elena Frisuelos à Torremocha, près de Soto del Real.

De gauche à droite : Oscar, Elena et moi.

Oscar et Elena font partie d’une structure qui correspond à nos AMAP en France. Mais leur approche va plus loin. Il ne s’agit pas simplement de bénéficier d’un panier une fois par mois. Non. Les membres de ce collectif (“communauté” en espagnol) ont décidé qu’il était plus juste de salarier les deux maraîchers qui travaillent à leur fournir une nourriture saine et respectueuse de l’environnement. Alors ils se sont organisés en conséquence.

Leurs cotisations permettent de salarier deux personnes, en échange de quoi ils ont des paniers toute l’année. En plus, chaque membre a quelques heures de bénévolat à donner par mois. Cela permet de donner aux salariés leurs week-ends et des vacances. Car il y a des poules pondeuses dans ce lieu de production et il faut s’en occuper tous les jours. Il faut aussi préparer les paniers, faire la comptabilité, décider de ce qui sera planté… La gestion se fait par consensus, et ceux qui n’ont pas participé aux décisions n’ont pas le droit de râler ensuite.

Ce projet est une quatrième leçon pour nous: on peut s’organiser pour mettre en place de belles initiatives qui permettent à toutes les parties d’être en accord avec ce qui se fait. Le collectif peut vraiment prendre soin des gens et de la terre. En plus de créer des liens sociaux forts, c’est une belle façon de se réapproprier sa nourriture, sa souveraineté alimentaire, et se reconnecter à la Terre.

Oscar et Elena se sont par ailleurs formés eux aussi au niveau élémentaire de la méthode bio-intensive. Comme Marian, ils ont appris la méthode auprès de Pedro Almoguera, à Madrid. Ensuite, ils ont demandé la permission au groupe de faire quelques planches. Ainsi, peu à peu, les gens se rendent compte des apports de la méthode. Leur rêve? Que toute la surface passe un jour en bio-intensif pour nourrir encore plus de familles et prendre soin du sol. Mais ils sont bien ancrés dans la réalité et font les choses petit à petit.

Je vous invite à cliquer ci-dessous pour voir en détail ce magnifique projet. Et aussi pour entendre les arguments imparables d’Oscar sur la méthode bio-intensive. Attention, c’est un professionnel qui vous parle!

Deuxième étape en Espagne

Liliane, ou le projet d’Amigos de la Tierra

A Soto del Real, nous avons également rencontré Liliane Spendeler, une Française qui vit depuis très longtemps en Espagne et qui travaille chez Amigos de la Tierra. C’est elle qui, avec Guillermo, a rédigé le projet dont vous a parlé Marian.

Comme Guillermo, Liliane a découvert le bio-intensif grâce au Nicaragua. Vous imaginez bien que cela me fait plaisir 😉 Pour une fois que ce sont des initiatives prises dans des pays dits “du Sud” qui font des émules dans les pays dits “du Nord”!

Bref. Revenons à nos moutons.

Non seulement Liliane a permis de faire émerger ce projet de diffusion de la méthode bio-intensive en Espagne, mais en plus, elle la pratique. C’est d’ailleurs parce qu’elle pratique le jardinage bio-intensif qu’elle a eu envie de le faire connaître chez elle.

Elle nous raconte ce que lui apporte la méthode au niveau personnel mais aussi au niveau sociétal: en quoi cette méthode peut vraiment aider à être résilients face au changement climatique et à la perte des sols arables.

Troisième étape en Espagne.

Pedro, ou le potager universitaire

Cela fait maintenant une vingtaine d’années que Pedro pratique le bio-intensif. Il a découvert la méthode un peu par hasard, en cherchant des façons de cultiver qui permettent d’atteindre l’autonomie alimentaire sans utiliser de pétrole ou ses dérivés. Il avait besoin de changement et de concret.

Tombé sur le site d’Ecology Action, l’association qui perfectionne et diffuse la méthode au niveau mondial, Pedro se met en contact avec Juan Manuel Martinez Valdez. Le courant passe bien. Pedro se forme grâce à lui. Ensuite, la vie se charge de lui donner les opportunités dont il a besoin.

C’est ainsi qu’il en arrive à reprendre le potager de l’université Complutense de Madrid et à en faire un petit paradis bio-intensif aux frontières de la capitale espagnole.

C’est là qu’il formera quantités de personnes intéressées par la méthode, ainsi que des étudiants de l’université. Car Pedro a réussi à intégrer la méthode à un des cursus universitaires!

Le public madrilène n’est pourtant pas des plus faciles. Le double-bêchage, qui requiert du travail physique, leur semble peu attractif. Les Madrilènes ne savent que faire des céréales, indispensables au compost. Ils ne savent plus les transformer pour leur propre consommation. Enfin, la région de Madrid est si sèche qu’on peut avoir du mal à trouver la matière verte nécessaire au compost bio-intensif.

Notre leçon madrilène: bien démontrer l’intérêt concret du double-bêchage pour arriver à motiver les gens, et chercher des moulins (collectifs ou familiaux) pour valoriser les céréales.

Malgré tout, Pedro continue et trouve des personnes très motivées pour l’accompagner. Il a aussi été sollicité par Amigos de la Tierra pour former les personnes qui participeront au projet de diffusion de la méthode. Il est très heureux de cette collaboration!

Guillermo, ou le bio-intensif gallois

Notre dernière étape bio-intensive espagnole se fera chez Guillermo Rodriguez près de Vigo, en Galice. Pour ceux qui ne connaissent pas, la Galice est l’une des plus belles régions d’Espagne, l’une des plus vertes et boisées. Parce qu’elle est depuis toujours agricole, cette région autonome d’Espagne a longtemps été considérée comme la plus pauvre. Eh bien nous l’avons trouvée très riche de liens, à la Terre et entre humains ! Nous nous sommes régalé le cœur, l’estomac et la vue!

En Galice, chaque famille a un lopin de terre où elle produit tout ce qui est nécessaire à son régime alimentaire, dont du vin. Le vin blanc de la région (l’Albariño) est délicieux. Là encore, les gens sont organisés en collectif: c’est une coopérative qui gère les récoltes et la transformation. Chaque famille a droit à un quota et ne peut fournir plus de kilos de raisin que ce qui lui est échu. Ceci afin d’éviter spéculation et tricherie. De même, seuls les membres de la famille à qui appartient la vigne peuvent participer à la récolte. Pas de main d’œuvre extérieure, payée ou non. Cela fait partie du label.

Et Guillermo dans tout ça? Guillermo est une “vieille connaissance”. Nous nous sommes rencontrés au Nicaragua, pays de son épouse, Ofelia. Guillermo y a travaillé pendant une quinzaine d’années pour… Amigos de la Tierra!

C’est au Nicaragua que Guillermo a connu la méthode bio-intensive, il s’y est formé au sein du CCID, structure où j’ai travaillé un temps (voir ma bio). C’est par Guillermo qu’Amigos de la Tierra a découvert la méthode, c’est lui qui l’a promue en Amérique Centrale, c’est avec lui que Liliane a monté le projet de diffusion de la méthode en Espagne. La boucle est bouclée.

Guillermo et sa famille sont rentrés en Espagne en 2017. Son projet est de diffuser la méthode, essentiellement en Galice, et d’organiser un réseau local de vente des surplus bio-intensifs. Il va également participer comme formateur dans le projet d’Amigos de la Tierra en-dehors de la Galice aussi.

Guillermo est formé au niveau intermédiaire de la méthode. Son potager est absolument magnifique. Son approche aussi, car il est ultra-respectueux des autres. Son potager est celui de sa mère, qu’il convertit petit à petit. Il n’y a qu’un pas entre ce qu’elle fait depuis toujours et le bio-intensif. La méthode de culture traditionnelle galloise est vraiment très proche, et c’est une force.

Notre leçon galloise: en accommodant la méthode bio-intensive aux réalités locales, elle prend sens et force. Apprendre des autres et leur montrer ce que l’on fait. Prendre le temps, écouter, partager.

Je vous invite à découvrir le doux monde bio-intensif de Guillermo. Si vous hésitez encore sur la méthode, il saura vous convaincre!

Vidéo bonus: Henry et Ellen, ou la polyculture élevage en permaculture

En conclusion de notre voyage, nous avions envie de vous faire découvrir la ferme permacole de nos amis Henry et Ellen Couteau, à Remouillé, près de Nantes.

Ce n’est pas du bio-intensif mais de la permaculture. Cependant, leur démarche est tellement cohérente que ce serait dommage de ne pas la faire connaître sur ce blog. Et ils ont fait partie de notre voyage, leur place est donc ici !

Encore un beau projet, de belles personnes et de l’espoir pour remplir les cœurs!

Conclusion

Ce voyage a été rendu possible d’abord par le soutien de Juan Manuel Martinez Valdez (toujours lui 😉 ), qui nous a donné les contacts des personnes faisant du bio-intensif en Europe. Qu’il en soit vivement remercié!

Ce voyage n’aurait pas non plus été possible sans l’aide de mes parents et beaux-parents. Qu’ils soient remerciés de leur soutien sans faille!

Enfin, ce voyage n’aurait clairement pas été possible si tous ceux que je vous ai présentés n’avaient pas accepté de nous ouvrir leurs portes, de partager leur expérience et parfois leur maison. Qu’ils en soient infiniment remerciés aussi!

Cette expérience aura été riche d’enseignements, de rencontres, de beauté et d’espoir. MERCI!!

Et vous, chers lecteurs, merci de donner sens à ce blog en lisant ce que j’y publie. N’oubliez pas de partager vos impressions dans les commentaires!

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