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La méthode bio-intensive en quelques mots

Posted by Federico Gomez on
2 18
Méthode bio-intensive
La méthode bio-intensive en quelques mots

La culture bio-intensive (GROW BIOINTENSIVE©) est une méthode d’agriculture écologique durable, à petite échelle et centrée sur l’autoconsommation et la mini-commercialisation.

Il ne s’agit pas, comme on le croit trop souvent, d’une simple méthode de maraîchage: il s’agit de soigner la terre et de produire son alimentation complète.

méthode bio-intensive

Les origines de la méthode

Du drame annoncé…

A l’origine, il y a un constat terrifiant : la famine dans le monde et l’urgence à nourrir plusieurs milliards d’habitants.

De fait, c’est dans ce contexte terrible que l’agriculture conventionnelle est promue, après la seconde guerre mondiale. Cette agriculture a alors bénéficié de tout un système économique, politique et financier qui va bien au-delà de la simple volonté des agriculteurs. On leur proposait simplement de sauver le monde en produisant plus. Qui ne se serait pas senti pousser des ailes face à pareille mission?

Aujourd’hui, avec 70 ans de recul, force est de constater que la solution proposée n’a pas eu les résultats escomptés… La famine continue de sévir alors qu’elle pourrait être évitée. Et l’agriculture conventionnelle mondiale détruit plus qu’elle ne produit de nourriture. Pour produire un kilo de nourriture, elle “détruit environ 3 kilos de terre arable” (p1, Comment faire pousser plus de légumes, 8ème édition). Un tel système est insoutenable. De fait, aujourd’hui, il ne reste qu’entre 33 et 49 ans de terres arables exploitables (ibid, p2).

Ainsi, l’urgence est toujours là, mais elle a changé de forme. Il faut maintenant revoir notre copie, permettre à tous les paysans du monde de vivre de leur travail tout en prenant soin de nos terres arables.

La bonne nouvelle, c’est qu’il existe des solutions. Le bio-intensif en fait partie.

…à une des possibles solutions.

L’idée de cultiver intensivement sur un petit espace ne date pas d’hier. Cela fait même 4000 ans que les humains ont commencé cette pratique. Plus récemment, les maraîchers parisiens des années 20 cultivaient très intensivement des légumes sur du fumier de cheval, avec d’excellents résultats. Au même moment, Rudolf Steiner, en Autriche, mettait au point la biodynamie en réaction à l’introduction des pesticides chimiques (je vous écrirai un article sur lui un jour).

Inspiré par ces deux approches, un jeune britannique du nom d’Alan Chadwick décide de les combiner, après s’être formé à la fois auprès de R. Steiner lui-même et des maraîchers parisiens. Il commence ses explorations dès les années 20-30, en Europe. Puis il travaille un temps comme jardinier pour l’Union d’Afrique du Sud.

Enfin, Chadwick arrive en Californie, Etats-Unis, dans les années 60. Il décide de relever le défi et transforme un terrain argileux en proie au sumac vénéneux en paradis fertile, en seulement 3 ans. Dans les années 70, son approche commence à se faire connaître. L’association californienne Ecology Action s’en empare pour l’approfondir. Dans les années 80, elle offre un terrain permanent pour les explorations scientifiques de Chadwick et ses disciples.

John Jeavons est aujourd’hui à la tête de ce travail. A ses côtés, Ecology Action n’a de cesse que de rendre la production complètement soutenable sans intrants extérieurs. Elle diffuse au maximum la méthode, revue et corrigée régulièrement.

Mission accomplie. Aujourd’hui, la micro-agriculture est utilisée dans 140 pays du monde.

Les objectifs de la méthode

Permettre des hauts rendements

La méthode s’appuie sur l’observation des dynamiques présentes dans la nature pour obtenir des rendements de production élevés dans un petit espace.

La distance entre les plantes, la combinaison et la rotation des cultures, l’étude des sols, la prise en compte des insectes et animaux du jardin, le soin apporté aux organismes présents dans la terre… Voici quelques-uns des outils en question pour y arriver. La ferme de Willits (Ecology Action) a prouvé que l’on peut produire 2 à 6 fois plus qu’en conventionnel, voire 31 fois plus sur certaines plantes! (ibid, px).

Consommer peu d’eau

L’arrosage est problématique dans bien des pays. Le changement climatique (et du cycle de l’eau) est un vrai défi pour l’agriculture conventionnelle qui est extrêmement gourmande en eau.

En bio-intensif, tout est fait pour obtenir une faible consommation d’eau: le semis des plantes, l’espacement, les outils d’arrosage, l’heure d’arrosage… Au final, “la combinaison des techniques permet une réduction en consommation d’eau d’environ 67 à 88% par unité de production” par rapport à la conventionnelle (ibid, p3).

Préserver la biodiversité

Pour que la nature soit notre alliée, il faut de la diversité: chez les plantes mais aussi chez les insectes et les animaux du jardin.

Le premier pas à franchir est celui des plantes: la méthode n’utilise que des graines paysannes, à pollinisation ouverte, et le plus locales possible. Une partie importante du travail consiste à récolter et préserver les graines produites dans le jardin. Echanges de graines entre producteurs et récupération des variétés locales sont au programme.

Cela permet, en plus de préserver des plantes natives et anciennes, de ne pas dépendre des gros distributeurs agricoles et de leurs hybrides.

Federico Gomez bio-intensif
Deux planches bio-intensives au Nicaragua: tournesol, maïs, haricots rouges, patate douce.

Ne pas consommer de pétrole


Deux façons d’éviter (au maximum) le pétrole. D’abord, n’utiliser que des engrais organiques. Une part très importante du travail du jardinier est de fabriquer son compost avec ce qu’il produit (on en reparlera).

Ensuite, on évite la consommation directe du pétrole induite par l’usage des machineries conventionnelles. La technique est réalisée à la main avec des outils simples tels que la pelle, la fourche bêche et le râteau. On constate ainsi une réduction de 94 à 99% de consommation d’énergie par unité de production! (ibid, p3.)

Participer à la souveraineté et à la sécurité alimentaires

La méthode apporte une des solutions à la sécurité alimentaire des familles face aux grands problèmes qui menacent les peuples du monde: pollution et destruction de l’environnement, épuisement des ressources naturelles et changement climatique.

C’est avec cet objectif en tête que la méthode a été développée. Elle cherche à faire pousser dans la plus petite surface possible, toute la nourriture nécessaire à un régime équilibré et nutritif. 

Les huit principes de la méthode

Pour atteindre ce dernier objectif, la méthode combine plusieurs principes pouvant être adaptés à tout climat.

1. Préparation du sol en profondeur.

2. Utilisation de compost.

3. Plantation serrée.

4. Rotation et association de cultures.

5. Culture de carbone.

6. Culture de calories.

7. Utilisation de semences à pollinisation ouverte.

8. Intégration de tous les principes.

Ce dernier principe est essentiel. Sans lui, la méthode n’est plus équilibrée, elle reste intensive mais n’est plus durable.

En guise de conclusion

Le résultat est une agriculture biologique qui produit non seulement des aliments nutritifs et biologiques, mais qui reconstruit et améliore également la fertilité du sol, tout en protégeant les ressources naturelles.

Je suis convaincu, après 10 ans de pratique, de son bien-fondé et efficacité. Je voudrais avec ce blog vous faire découvrir l’importance de cette méthode pour faciliter notre adaptation au changement climatique et vous inciter à courir dans votre jardin, si petit soit-il, pour commencer tout de suite!

Et pour ceux qui sont déjà motivés, voici le lien pour télécharger le livre de John Jeavons en français.

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Photo: Federico Gomez